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QUE RESTERA-T-IL APRÈS MINUIT
? « Quand on me demande de quoi parle La 25EME HEURE, je réponds qu’Edward Norton est un dealer qui passe ses dernières 24 heures de liberté dans le New York d'après le 11 septembre (...). Même si le roman et le scénario ont été écrits avant le 11 septembre, nous savions qu'il fallait inclure l'évènement dans le film. Il ne s'agissait pas d'être démonstratifs mais d'inclure cette nouvelle réalité dans le climat, dans le décor. Ignorer ce qui s'est passé et ce que cela a changé dans la ville est impossible. Ne pas en tenir compte, ne pas le présenter dans le contexte aurait été au moins une erreur, au pire un mensonge. Nous avons intégré les conséquences de cette tragédie au scénario, et c'est devenu un élément qui a été incorporé à la photo et même dans le dialogue. » Alors que certains n’ont pas hésité à parler de « plans trop longs » dans La 25EME HEURE, il nous a semblé au contraire que Spike Lee ne cherchait pas le « speed » propre à la vie New Yorkaise, mais s’attardait dans la bonne distance sur les visages marqués, inquiets, soupesant chaque parole et chaque geste et dépeignant un monde mort cherchant à se reconstruire. Le film démarre sur un chien blessé (que Monty va recueillir) sur une route en chantier. Puis c’est un plan séquence sur deux amis discutant près d’une fenêtre de l’à venir de Monty : la caméra avancera vers la fenêtre, exécutant alors un panoramique vers le bas dehors et « dévoilant » ground zéro, les restes des Twin Towers. Le son est alors à son apogée, strident même. C’est un réveil brutal, une secousse, une chute, un coup du destin pour les spectateurs, à nouveau. Le ground zéro semble pour Lee un lieu de mort mais aussi ce chantier pathétique où grouillent des ouvriers au travail. Et Monty de se demander tout le long du film comment il va organiser et reconstruire le(s) reste(s) de sa vie une fois en prison et après la prison, après la nuit. Protagoniste en chantier, sur la corde raide, prêt à tout pour échapper à la douleur, encore. Spike Lee témoigne : « Je ne choisis jamais les films que je réalise sur le caractère sympathique ou non des protagonistes. Monty Brogan est un dealer, et bien sûr, cela le rend antipathique aux yeux de l'immense majorité des gens. Pourtant, les individus les moins recommandables font souvent les meilleurs personnages, ils ont parfois des destins captivants et tragiques. J'aime chercher ce qu'il y a de bon dans ce qui semble mauvais. Le paradoxe de l'être humain est fascinant. » Assis dans son appartement, le visage de Monty est associé au fond de l’image (au fond des pensées de Monty) à l’affiche du film COOL AND LUKE (1967) avec Paul Newman dans le rôle d’un prisonnier refusant d’être brisé. Monty lui non plus ne veut pas être brisé, pourtant il demandera à son meilleur ami l’impossible : il lui demandera de lui « refaire le portrait » pour ne pas paraître trop beau en entrant en prison. Changer de visage, d’identité, c‘est la fin d’un monde, la fin de la beauté. Et pourtant l’heure de vérités. Que restera-t-il après minuit sinon les cicatrices béantes ? Ces chemins durs, ces lignes de vie. La 25EME HEURE ou l’art âpre de se relever. |
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| Alexandre Tylski, Cadrage février 2003 |
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